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Je suis parti de la maison! J’étais en train de jouer dans le salon et j’étais bien sage, et puis, simplement parce que j’ai renversé une bouteille d’encre sur le tapis neuf, maman est venue et elle m’a grondé. Alors, je me suis mis à pleurer et je lui ai dit que je m’en irais et qu’on me regretterait beaucoup et maman a dit : «Avec tout ça il se fait tard, il faut que j’aille faire mes courses » et elle est partie.
Comme ça, en courant, je suis arrivé devant la maison d’Alceste, Alceste c’est mon copain, celui qui est très gros et qui mange tout le temps, je vous en ai peut-être déjà parlé. Alceste était assis devant la porte de sa maison, il était en train de manger du pain d’épices. « Où vas-tu? » m’a demandé Alceste en mordant un bon coup dans le pain d’épices. Je lui ai expliqué que j’étais parti de chez moi et je lui ai demandé s’il ne voulait pas venir avec moi. «Quand on reviendra, dans des tas d’années, je lui ai dit, nous serons très riches, avec des avions et des autos et nos papas et nos mamans seront tellement contents de nous voir, qu’ils ne nous gronderont plus jamais. » Mais Alceste n’avait pas envie de venir. «T’es pas un peu fou, il m’a dit, ma mère fait de la choucroute ce soir, avec du lard et des saucisses, je ne peux pas partir. » Alors, j’ai dit au revoir à Alceste et il m’a fait signe de la main qui était libre, l’autre était occupée à pousser le pain d’épices dans sa bouche.
J’ai sonné à la porte de la maison de Clotaire et c’est lui-même qui est venu ouvrir. « Tiens, il a dit, Nicolas! Qu’est-ce que tu veux? — Ton vélo », je lui ai dit, alors Clotaire a fermé la porte. J’ai sonné de nouveau et, comme Clotaire n’ouvrait pas, j’ai laissé le doigt sur le bouton de la sonnette. Dans la maison j’ai entendu la maman de Clotaire qui criait «Clotaire! Va ouvrir cette porte! » Et Clotaire a ouvert la porte mais il n’avait pas l’air tellement content de me voir toujours là. « Il me faut ton vélo, Clotaire, je lui ai dit. Je suis parti de la maison et mon papa et ma maman auront de la peine et je reviendrai dans des tas d’années et je serai très riche avec une auto et un avion. » Clotaire m’a répondu que je vienne le voir à mon retour, quand je serai très riche, là, il me vendra son vélo. Ça ne m’arrangeait pas trop, ce que m’avait dit Clotaire, mais j’ai pensé qu’il fallait que je trouve des sous; pour des sous, je pourrais acheter le vélo de Clotaire. Clotaire aime bien les sous.
Je suis entré dans le magasin et un monsieur très gentil m’a fait un grand sourire et il m’a dit : «Tu veux acheter quelque chose, mon petit bonhomme? Des billes? Une balle? » Je lui ai dit que je ne voulais rien acheter du tout, que je voulais vendre des jouets et j’ai ouvert le cartable et j’ai mis l’auto et le train par terre, devant le comptoir. Le monsieur gentil s’est penché, il a regardé, il a eu l’air étonné et il a dit : « Mais, mon petit, je n’achète pas des jouets,j’en vends.» Alors je lui ai demandé où il trouvait les jouets qu’il vendait, ça m’intéressait. « Mais, mais, mais, il m’a répondu, le monsieur, je ne les trouve pas, je les achète. — Alors, achetez-moi les miens », j’ai dit au monsieur. «Mais, mais, mais, il a fait de nouveau, le monsieur, tu ne comprends pas, je les achète, mais pas à toi, à toi je les vends, je les achète dans des fabriques, et toi... C’est-à-dire... » Il s’est arrêté et puis il a dit « Tu comprendras plus tard, quand tu seras grand.» Mais, ce qu’il ne savait pas, le monsieur, c’est que quand je serai grand, je n’aurai pas besoin de sous, puisque je serai très riche, avec une auto et un avion. Je me suis mis à pleurer. Le monsieur était très embêté, alors, il a cherché derrière le comptoir et il m’a donné une petite auto et puis il m’a dit de partir parce qu’il se faisait tard, qu’il devait fermer le magasin et que des clients comme moi, c’était fatigant après une journée de travail. Je suis sorti du magasin avec le petit train et deux autos, j’étais rudement content. C’est vrai qu’il se faisait tard, il commençait à faire noir et il n’y avait plus personne dans les rues, je me suis mis à courir. Quand je suis arrivé à la maison, maman m’a grondé parce que j’étais en retard pour le dîner.

